À la rencontre d’Agonsoudja

L’été 2015 a vu une nouvelle étape s’accomplir. Quatre membres de l’association Centre Damien, accompagnés par le Père Hervé, ont eu la joie d’habiter les lieux, en s’installant dans la maison Tremelo. Ce fut l’occasion de rencontrer la communauté chrétienne d’Agonsoudja et de mieux comprendre l’environnement du Centre Damien.

 

La chapelle d’Agonsoudja

Le Centre Damien se situe sur la paroisse d’Agonmey, un bourg de 3000 âmes à quelques kilomètres du village. La chapelle d’Agonsoudja constitue une station de la paroisse, c’est-à-dire qu’elle reçoit la visite régulière du curé d’Agonmey, mais qu’aucun prêtre n’y vit. Elle est dédiée à Sainte Véronique Giuliani, une mystique italienne du 17ème siècle.

Surprise pour nous à notre premier rendez-vous : la bâtisse se révèle être très sommaire ; une structure en bois, très bancale, sur laquelle on a placé un toit en tôle et quelques feuilles de palmier. On y voit à travers et on se demande comment elle tient debout, surtout sous la pluie tropicale, une expérience que nous aurons l’occasion de vivre ! Mais comme nous l’a rappelé le P. Hervé lors de son homélie, « Dieu a planté sa tente parmi nous ». La simplicité de cette chapelle nous rappelle que l’Eglise existe d’abord par la solidité de sa communauté. L’accueil des paroissiens nous réchauffe le cœur ; la présence parmi nous du P. Hervé, qui célèbrera plusieurs messes pendant le séjour, les réjouit beaucoup. Même en semaine, les célébrations sont très suivies.

Les catholiques ne sont pas seuls à Agonsoudja, et les communautés religieuses semblent cohabiter sereinement. Ainsi, nous croisons sur notre chemin une petite mosquée bien entretenue. Les chrétiens sont majoritaires dans la région, et se répartissent entre catholiques, évangélistes, et « chrétiens célestes », une secte répandue au Bénin.

Au fil de notre séjour, nous avons organisé des temps d’échange avec les membres de la communauté, ce qui nous a permis de mieux comprendre les problématiques de la zone. Le village d’Agonsoudja est en mutation. En effet, Cotonou étant devenue une zone très enclavée avec une pression foncière importante, beaucoup de familles se déplacent désormais vers la zone de Glo, vers le Nord, afin de trouver des terrains à acheter. Des jeunes plus instruits s’y installent et côtoient une population rurale, si bien que l’on peut parler d’une rencontre des cultures. Cette zone constitue également le grenier de Cotonou et du Bénin. Ananas, maïs, patates douces, manioc, tomates, haricots, arachide y sont cultivés en abondance.

La région d’Agonsoudja sera donc amenée à se développer. Ce contexte rend la situation du Centre Damien intéressante : nous sommes au service des plus pauvres, dans une région dynamique et en plein essor économique.

Ceci étant dit, le quotidien à Agonsoudja est encore bien difficile pour ses habitants. Le village n’est pas relié à l’électricité ni à l’eau courante, la route est en terre battue, et les services publics inexistants.

Ainsi le village d’Agonsoudja voit cohabiter deux populations :

  • une population Aïzo, native de la région, composée de cultivateurs ;
  • une population dite « d’acquéreurs », qui correspond à des familles en général fon, issues de Cotonou. Les premières familles sont arrivées il y a une quinzaine d’années. Aujourd’hui, cette population est devenue majoritaire.

Ces deux populations cohabitent bien, même si des tensions peuvent parfois exister. Les Aïzo ont plutôt tendance à se renfermer sur eux-mêmes pour se protéger de l’arrivée d’une culture qu’ils ne comprennent pas toujours très bien, tandis que les « acquéreurs », venus de Cotonou plus cosmopolite, recherchent l’ouverture et le développement local.

Aux alentours du Centre Damien

La rencontre avec les enfants

Mercredi 5 août 2015 : première rencontre. A la fois intimidés et curieux, d’un côté comme de l’autre, nous avons pris le temps de nous observer, de nous saluer, puis de dire et redire nos prénoms… La messe d’ouverture a permis de nouer un lien. Nous ne sommes désormais plus des « Yovos », mais bien Estelle, Donatienne, Claire, Domitille, Serge, Hervé…

Trois fois par semaine, nous nous sommes rendus sur la paroisse. Nous étions divisés en trois groupes : un avec les enfants, un autre avec les ados, un troisième avec les adultes. Au fil des jours, les enfants nous ont parlé de leur quotidien, des longues journées de vacances (4 mois entre mai et septembre) et de l’ennui qui s’insinue inexorablement à l’âge où l’on a soif d’apprendre. En effet, en dehors de l’école et de quelques semaines de cours de vacances matinaux en août, il n’existe pas d’activités pour eux. La situation est plus difficile à vivre pour les adolescents des familles acquéreurs arrivées depuis 4 ou 5 ans, qui ont vu leur niveau de vie « baisser ». Arrivants de la ville, ils ont suivi leurs parents un village sans électricité et sans eau courante. Pour certains, il leur faut parfois marcher maintenant une heure pour aller à l’école ou au collège.

→ Témoignage de Claire sur la rencontre avec les adolescents

Ce que nous en retenons

Notre séjour nous a permis d’approfondir nos liens avec le village et la paroisse catholique d’Agonsoudja, de rencontrer les enfants et les adultes qui y vivent au quotidien. Le Centre Damien aura une action qui s’étendra au diocèse de Cotonou, mais il est important que nous nous insérions dans un tissu local, et que nous établissions des relations de confiance avec ceux qui vivent à proximité immédiate. Jouer et parler avec les jeunes, à de nombreuses reprises pendant ces trois semaines, ont été autant d’occasion de réaliser à quel point ils ont besoin qu’on leur propose des activités qui aient du sens et qui les tirent vers le haut. Nous rentrons en France avec confiance, tout en mesurant qu’il nous reste encore bien des étapes à franchir avant d’atteindre le but que nous nous sommes fixés ; quel projet passionnant !

Donatienne

Rencontre avec les enfants

Quelques portraits d’enfants et scènes de vie

Sur la route de l’école

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