« Est-ce qu’on peut revenir demain pour la bibliothèque ? »

Nous sommes lundi, aujourd’hui nous ouvrons les inscriptions pour les 3 journées d’animations des vacances. Les enfants arrivent peu à peu. Ils répondent timidement aux questions que nous leurs posons pour les inscrire. Nous en profitons pour leur expliquer le programme.

Des sourires se dessinent sur leurs visages quand nous leur parlons de l’espace bibliothèque que nous proposerons pendant les 3 jours. Première surprise, à l’inverse des enfants en France qui rechignent plutôt à ouvrir un bouquin sur leur temps libre ; les enfants béninois qui n’ont pas un accès facile à la lecture sont très enthousiastes à l’idée d’avoir le temps de lire.
En discutant quelques minutes avec eux, je me demande ce que je vais bien pouvoir leur proposer le lendemain. Quels jeux vont-ils bien vouloir faire ? Qu’est ce qui va leur plaire ? Comment allons-nous parvenir à les faire se sentir à l’aise avec tant de nouveautés ?

Mardi. Ça y est, c’est parti, les enfants vont commencer à arriver d’ici quelques minutes. Le matériel est prêt, nous avons prévu plusieurs ateliers et jeux d’expressions, ainsi que quelques jeux sportifs. Sous la paillote, nous avons installé le coin bibliothèque. Les enfants arrivent au compte-gouttes, et s’installent calmement avec un livre. Les minutes filent et ils sont tous plongés dans leurs histoires. Je les observe discrètement. Ils sont si concentrés que je n’ai pas envie de les déranger. Je leur laisse quelques minutes de plus que prévu pour profiter de ce moment de calme. Après quelques jeux pour faire connaissance, nous leurs proposons trois ateliers : un à la bibliothèque où il faudra essayer de raconter l’histoire qu’on a lu,  un second où nous ferons de l’initiation aux mimes, et un dernier avec quelques jeux de sociétés. Les enfants découvrent avec une petite appréhension ces activités inhabituelles pour eux. L’atelier mimes et bibliothèque sont très silencieux, je suis impressionnée par le calme et la capacité d’attention de ses enfants. Ils ouvrent de grands yeux devant les adultes qui leurs montrent comment mimer une girafe ou un éléphant. A l’atelier jeux, une partie endiablée de Dobble est lancée, au milieu des « mais euh comment ça s’appelle ce truc là ? » , « euh…euh…donisaure euh dinosaure! », des éclats de rires résonnent , ça y est , ils jouent ! Après les ateliers, nous nous dirigeons vers le terrain de sport, nous leurs proposons un « ambassadeur », un jeu où les joueurs doivent faire deviner des mots à leurs équipes uniquement en mimes. Pas facile pour ces apprentis joueurs de trouver comment faire deviner le mot « arrosoir ». Nous poursuivons par plusieurs jeux sportifs, un « poisson-pêcheur » tous ensemble, où les animateurs s’amusent autant que les enfants ! Nous faisons une petite pause pour boire un peu et prendre le temps de dire ce que l’on a pensé de la journée. Les enfants parlent tour à tour de ce qu’ils ont préféré. Pour la plupart, ce sont les livres qu’ils ont préféré !
Pour terminer, nous sortons ballons de foot, frisbee, corde à sauter, et diabolo. Le terrain de foot est le lieu d’un match enflammé entre des enfants qui jouent pieds nus et quelques animateurs passionnés. Il est déjà 18h, les enfants ne veulent plus quitter la balançoire, et ont hâte de revenir demain ! Anouck, me dit en partant « c’était trop amusant ! ».

Mercredi. Les enfants arrivent et se plongent directement dans les livres. Aujourd’hui, nous proposons deux ateliers pour commencer : l’atelier bibliothèque qui a eu beaucoup de succès hier reprend. De l’autre côté, nous allons apprendre une chanson ! « Le petit coupeur de paille ».

On s’échauffe la voix, on apprend les phrases une à une, les enfants semblent apprécier cette petite chanson. Quand tout le monde l’aura apprise, nous pourrons essayer de la chanter en canon. Ensuite, nous nous retrouvons tous ensemble pour un nouveau jeu de mime. On apprend cette fois-ci à mimer des émotions ! Au début du jeu, les enfants ont pioché chacun une émotion, et ils doivent tous la mimer en même temps, et retrouver celui qui a pioché la même que lui ! Pas facile pour les enfants qui n’ont vraiment pas l’habitude ! On recommence le jeu avec des animaux. On les sent plus à l’aise qu’hier, et ça devient plus facile de retrouver son binôme.
Comme on sent qu’ils y prennent goût, nous faisons un dernier tour, où il faut chacun son tour mimer devant les autres un animal avec une émotion. Nous voyons donc défiler devant nos yeux une girafe qui a froid, un hippopotame apeuré, et un lion joyeux !

Ensuite, nous essayons de chanter tous ensemble le « petit coupeur de paille » en canon ! Les enfants nous impressionnent d’avoir appris en si peu de temps cette petite chanson. Après une pause goûter bien méritée, nous regagnons le terrain de sport, les enfants chantent en chœur et en tapant des mains « le petit coupeur de paille, le petit coupeur de blé ». Nous proposons un « chef d’orchestre » , jeu de rythmique et d’énigme.

Puis nous ressortons les ballons, les Frisbees, et les corde à sauter. Quelques uns courent vers la balançoire, d’autres tentent maladroitement de jouer avec les diabolos, un match de foot s’organise, la journée se termine par un concours de corde à sauter endiablé ! A demain !

Jeudi. Bon ça y ‘est c’est le dernier jour d’animation, qu’est ce que c’est passé vite !

Comme à notre habitude, nous commençons l’après-midi par un temps de lecture pour chacun. Sergio, un petit garçon de 7 ans qui est arrivé très en avance, s’est endormi sous la paillote. Tous les enfants chuchotent pour le laisser dormir. L’ambiance est apaisante, chacun plongé dans son livre, à dévorer les images des contes que nous avons apporté. Puis, vient l’heure des ateliers, nous réveillons tout doucement Sergio, l’animation peut commencer.
Aujourd’hui, nous proposons deux ateliers de mimes, parce que nous savons d’une part que cela leur plaît mais aussi, parce que nous souhaitons leur proposer des jeux d’expressions pour qu’ils s’y sentent plus à l’aise. Les plus aguerris en mimes, vont devoir relever le défi d’écrire et de mimer une petite histoire qu’ils joueront devant les autres tout à l’heure. Pendant ce temps, les plus jeunes vont s’entraîner à mimer une histoire racontée par un adulte.
Lors de la création de l’histoire avec les plus grands, je prend en pleine figure le fossé culturel qui se dresse entre nous. Très vite, l’histoire prend des teintes du Bénin que j’aime bien : la balade dans la brousse, la rencontre avec des animaux sauvages, l’eau à aller chercher au puits ; mais aussi des teintes qui me rende plus perplexe : la dureté des adultes avec les enfants, la pauvreté …   Les enfants complètent l’histoire avec des bouts de la leur, je perçois dans leur récit des événements qu’ils ont un peu vécus. Ils sont si jeunes, mais j’ai le sentiment qu’ils ont déjà tant vécu. A la fin de l’atelier, nous mimons et racontons l’histoire au reste du groupe, tout le monde applaudi. Les acteurs arborent un regard plein de fierté qui en dit long.

Nous allons nous défouler un peu au terrain de sport, dans une grande partie d’épervier !

La chaleur est étouffante, alors nous proposons un jeu plus calme, à l’ombre des palmiers. Après un « Jacques a dit » plein de rires, il est temps de préparer la messe !
Je prends ma guitare, et nous apprenons ensemble aux enfants, le chant « Je sais que tu veux mon bonheur », un chant à gestes joyeux et entraînant ! Nous gagnons le fond du parc, où se dresse une chapelle naturelle, pour célébrer une messe où les parents et ouvriers du centre Damien sont invités.

Pour terminer cette belle journée, nous proposons aux enfants de chanter encore un peu, et nous faisons quelques interviews des enfants en vidéo sur les 3 jours vécus.
Enfin, il est l’heure de se quitter. Les enfants se dirigent vers le portail en chantant gaiement « Je sais que tu veux mon bonheur ». Puis quelques uns font demi-tour en courant vers nous : « Est-ce qu’on peut revenir demain pour la bibliothèque ? »

 

Claire Cantin, février 2018

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